Perspectives

Relations avec les investisseurs et cannabis – Garder les investisseurs dans la zone verte

En 2014, il existait au total moins de 30 sociétés de cannabis cotées à la Bourse de Toronto, la Bourse de croissance TSX ou la Bourse des valeurs canadiennes. En septembre 2018, un mois et demi avant la légalisation par le gouvernement fédéral, on comptait plus de 125 sociétés ouvertes de cannabis au Canada, sans tenir compte des producteurs nouvellement autorisés en processus d’appel public à l’épargne. Alors que les entreprises se livraient concurrence pour commercialiser leurs marques avant que les règlements stricts n’entrent en vigueur le 17 octobre, elles ne devaient pas négliger l’importance d’un groupe : les investisseurs. Craig MacPhail, directeur de groupe à National Marchés des capitaux, discutait de l’importance d’un programme ciblé de relations avec les investisseurs pour aider les entreprises nouvellement cotées, comme celles à la bourse depuis longtemps, à garder leur base dynamique d’intervenants engagée dans un secteur florissant.

Courtney:

Le secteur du cannabis prend chaque jour plus d’ampleur et la concurrence entre les producteurs autorisés augmente. Comment une entreprise démontre-t-elle aux investisseurs qu’ils seront gagnants au bout du compte?

Craig:

Après avoir travaillé avec plusieurs entreprises de cannabis et avoir entendu l’opinion d’innombrables investisseurs du secteur, des novices comme des professionnels, trois détails importants semblent ressortir du lot pour ceux qui cherchent à faire un placement sûr dans le cannabis. Ces détails coïncident sensiblement avec ce que les investisseurs cherchent chez n’importe quelle compagnie.

Tout d’abord, il faut tenir compte de la qualité de l’équipe de direction et du conseil d’administration. Les investisseurs veulent avoir l’assurance que les dirigeants de l’entreprise ont l’expérience et le parcours professionnel pour faire croître l’entreprise à long terme. Les dirigeants de confiance sont prisés dans tous les secteurs, mais peut-être encore plus dans un secteur émergeant comme le cannabis, où les investisseurs n’ont pas l’avantage de connaître le rendement antérieur pour porter un jugement.

Ensuite, les entreprises de cannabis doivent prouver qu’elles possèdent un plan d’affaires et une stratégie de croissance robustes. La vision d’une entreprise devrait être claire et se distinguer de celle de ses pairs. Elle doit aussi communiquer ses objectifs à court et long termes, lesquels permettront aux investisseurs de suivre leur progrès et de cocher les objectifs à mesure qu’ils sont réalisés.

Enfin, et surtout, un profil financier intéressant est essentiel.  Les investisseurs veulent être assurés que l’entreprise est non seulement sainement financée, mais qu’elle répartit aussi les capitaux de façon responsable. Le secteur du cannabis connaît une croissance et une évolution rapides. Nous avons vu qu’à mesure que des règlements sont adoptés et révisés, de nouveaux territoires s’ouvrent et de nouveaux modèles d’affaires sont mis en place. Il va sans dire que toutes les entreprises seront confrontées à des défis et à des occasions, mais celles dont la plateforme de capitaux est solide finiront par triompher.

Courtney:

Même si des institutions ont commencé à pénétrer le secteur du cannabis, les actionnaires individuels représentent la majorité des investisseurs. Comment une entreprise gère-t-elle une base d’actionnaires aussi variée?

Craig:

J’ai travaillé avec quelques nouveaux secteurs au fil des ans et, particulièrement pour le cannabis, nous parlons à plusieurs personnes qui n’avaient jamais acheté d’actions avant d’investir dans une entreprise de cannabis. Cette situation est en partie attribuable au fait que plusieurs activistes et patients investissent dans des entreprises qu’ils appuient ou dont ils sont clients. Autrement dit, pour certains actionnaires, l’investissement dans le cannabis constitue autant un geste de défense des intérêts sociaux qu’une décision financière. Il incombe à ces entreprises de ratisser large pour attirer ces personnes, que ce soit en renforçant leurs projets de RSE ou en étant un chef de file de la sensibilisation dans le secteur. De plus, la perspective d’une entreprise de cannabis légale a marqué l’imaginaire d’une part considérable du public. Un nombre aussi élevé d’investisseurs sans expérience dans le secteur crée une obligation encore plus grande relativement aux communications responsables. Comme nous le recommandons pour toutes les sociétés ouvertes, les entreprises de cannabis devraient être claires et cohérentes, mais elles doivent aussi être prudentes dans leur utilisation de renseignements prospectifs. En raison du grand nombre d’actionnaires novices, le cours des actions est volatile puisque les investisseurs réagissent aux nouvelles, parfois de manière excessive. Nous avons observé ce phénomène lorsque le cours des actions de plusieurs entreprises canadiennes de cannabis a bondi après la tenue de votes pour légaliser la marijuana dans plusieurs États américains, malgré le fait que les entreprises ne pouvaient pas y vendre de cannabis.

D’autre part, les entreprises de cannabis doivent également tenir compte des investisseurs professionnels, dont certains font leur entrée dans le secteur de façon ambivalente pour diversifier leurs placements et tirer profit du potentiel du marché. Ainsi, les documents destinés aux investisseurs devraient tous contenir des paramètres clairs et cohérents, en plus d’un commentaire qui démontre la capacité de l’entreprise à maintenir des activités saines et durables.

Courtney:

Le marché tente encore de s’adapter à l’éclosion du secteur du cannabis. Avec la croissance de l’industrie, comment croyez-vous que les tendances de communication financière évolueront?

Craig:

Les attentes du marché changeront sans aucun doute une fois que le cannabis sera légalisé et les entreprises devront adapter leurs stratégies de communication en conséquence. À l’heure actuelle, nous observons plusieurs producteurs autorisés qui communiquent à l’aide de paramètres agricoles, tels que la capacité de production. Lorsque le marché sera entièrement légalisé au Canada, les investisseurs pourront consulter des paramètres plus concrets, comme le nombre de kilos vendus, et ils évalueront les entreprises selon la différenciation de leur produit, les stratégies privilégiées de commercialisation et le taux de réussite à conquérir des parts du marché.